{"id":132,"date":"2020-08-12T19:18:13","date_gmt":"2020-08-12T17:18:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pratiquesurbaines.fr\/?p=132"},"modified":"2020-08-28T17:48:29","modified_gmt":"2020-08-28T15:48:29","slug":"agir-pour-et-avec-les-sols-urbains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pratiquesurbaines.fr\/?p=132","title":{"rendered":"Agir pour et avec les sols urbains"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Contribution au manifeste pour un urbanisme circulaire<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La fabrique au quotidien de la ville ne se contente pas de suppos\u00e9es innovations et de solutions d\u00e9coiffantes\u2009; elle est un acte culturel qui exige certes de l\u2019ambition, mais aussi des attentions, de la bienveillance et de l\u2019humilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fabrique appelle une r\u00e9volution de nos pratiques, car il ne s\u2019agit plus de se contenter d\u2019ajustements et de gadgets. Commenter les exp\u00e9rimentations, observer les pionniers et louer leurs exp\u00e9rimentations ne suffira pas\u2009; il&nbsp;faut passer \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure, et vite\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois boucles de l\u2019urbanisme circulaire (intensifier les usages, transformer l\u2019existant et recycler les espaces), nous permettent d\u2019agir concr\u00e8tement d\u00e8s demain, afin de sortir de l\u2019impasse. Cette r\u00e9volution donne un r\u00f4le central \u00e0 un acteur essentiel de nos environnements&nbsp;: le sol, ou plut\u00f4t les sols dans leur diversit\u00e9 et leur complexit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps rejet\u00e9 par la modernit\u00e9 sur l\u2019autel du progr\u00e8s qui devait nous sauver de tout et r\u00e9parer nos d\u00e9g\u00e2ts et nos exc\u00e8s, le sol a souvent \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9 \u00e0 une forme nostalgique de l\u2019am\u00e9nagement&nbsp;: un retour \u00e0 des valeurs dont certains d\u00e9tournent le sens pour de sombres desseins. Mais si nous nous d\u00e9pla\u00e7ons et quittons notre vision anthropocentr\u00e9e, nous pouvons lui reconna\u00eetre sa place d\u2019\u00eatre vivant \u00e0 part enti\u00e8re, et pas seulement celle d\u2019un bien, d\u2019un moyen, d\u2019un mat\u00e9riau ou d\u2019une ressource (au sens utilitaire du terme).<\/p>\n\n\n\n<p>En parlant des sols, nombre d\u2019entre vous penseront aux sols agricoles, au monde rural et aux cultures.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les sols agricoles jouent un r\u00f4le essentiel dans nos \u00e9cosyst\u00e8mes, ils doivent \u00eatre m\u00e9nag\u00e9s et pr\u00e9serv\u00e9s des urbanisations voraces et imperm\u00e9abilisantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les sols urbains doivent aussi b\u00e9n\u00e9ficier de nos attentions. M\u00e9pris\u00e9s et consid\u00e9r\u00e9s comme les stricts supports de nos activit\u00e9s et de nos \u00e9difices, les sols urbains doivent aujourd\u2019hui \u00eatre reconsid\u00e9r\u00e9s comme le substrat de nouvelles pratiques urbaines.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mais qu\u2019est-ce qu\u2019un sol urbain\u2009?<\/h3>\n\n\n\n<p>En d\u00e9passant la vieille opposition entre ville et campagne, on peut reprendre la d\u00e9finition de l\u2019urbain qu\u2019en donnait Fran\u00e7oise Choay dans son texte \u00ab\u2009<em>Le r\u00e8gne de l\u2019urbain et la mort de la ville<\/em>\u2009\u00bb (<em>La ville \u2013 art et architecture en Europe<\/em>, sous la direction de Jean Dethier et Alain Guiheux, 1870-1993, Paris, Centre Georges Pompidou, 1994, pp.&nbsp;14-15.), consid\u00e9rant comme urbain, ce qui appartient \u00e0 la nouvelle civilisation qui se met en place \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire, et qui est constitu\u00e9e de r\u00e9seaux mat\u00e9riels et immat\u00e9riels autant que d\u2019objets techniques. Il s\u2019agit plus d\u2019une condition que d\u2019un strict espace aux contours d\u00e9limit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sol urbain est donc celui d\u2019espaces eux-m\u00eames qualifi\u00e9s d\u2019urbains.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui pourrait n\u2019\u00eatre qu\u2019une tautologie nous permet en v\u00e9rit\u00e9 d\u2019\u00e9tendre le champ d\u2019action et d\u2019intervention sur les sols en y int\u00e9grant des espaces situ\u00e9s au-del\u00e0 de nos anciens remparts. Que nous vivions au c\u0153ur des m\u00e9tropoles, dans les centres-villes ou dans leurs banlieues, dans le p\u00e9riurbain ou dans des bourgs recompos\u00e9s, nous sommes tous diff\u00e9rents et pourtant tous des urbains, par nos modes de vie, nos d\u00e9placements, nos activit\u00e9s et nos pratiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les sols que nous foulons le sont tout autant. Ils nous permettent de nous d\u00e9placer, de communiquer, de construire et aussi de nous nourrir. Nous ne pouvons pas vivre sans eux. Leur apport est immense et nous ne les respectons pas.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Retrouvons les sols\u2009!<\/h3>\n\n\n\n<p>Retrouver les sols c\u2019est leur porter de grandes attentions en termes d\u2019am\u00e9nagements\u2009; c\u2019est les laisser respirer, ne pas les recouvrir de couches perm\u00e9ables qui les \u00e9touffent\u2009; ne pas r\u00e9duire ou oblit\u00e9rer totalement leurs fonctionnalit\u00e9s les rendant impropres \u00e0 la production ou \u00e0 la r\u00e9gulation. Les inondations de novembre 2019 dans le Var, nous rappellent que les sols jouent un r\u00f4le fondamental dans la r\u00e9gulation des flux hydriques.<\/p>\n\n\n\n<p>Retrouver les sols ce n\u2019est pas imaginer un nouvel arsenal juridique d\u00e9j\u00e0 cons\u00e9quent et qui montre ses limites\u2009; c\u2019est prendre la responsabilit\u00e9 de changer fondamentalement nos modes de faire et pratiquer la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif de la Z\u00e9ro Artificialisation Nette avec son syst\u00e8me \u00e9viter\/r\u00e9duire\/compenser, perp\u00e9tue l\u2019illusion d\u2019une compensation de notre dette vis-\u00e0-vis des sols et nous d\u00e9tourne de nos responsabilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Retrouver les sols c\u2019est aussi leur donner une autre valeur que fonci\u00e8re, au sein d\u2019un projet social et politique ambitieux. En consid\u00e9rant les sols dans des continuit\u00e9s temporelles (comme processus et syst\u00e8me) et scalaires (du territoire \u00e0 la parcelle), nous reconnaissons les services \u00e9cosyst\u00e9miques qu\u2019ils peuvent fournir localement et globalement.<\/p>\n\n\n\n<p>Retrouver les sols, c\u2019est les envisager comme des \u00eatres vivants. Le retour de la nature en ville ne se traduit pas par un verdissement des surfaces, mais par le fait de consid\u00e9rer l\u2019urbain dans un \u00e9cosyst\u00e8me, renversant les hi\u00e9rarchies en vigueur et adoptant une forme de frugalit\u00e9 pour sa gestion (eau, air et sols)<\/p>\n\n\n\n<p>Retrouver les sols, c\u2019est refuser de penser de fa\u00e7on fragment\u00e9e, mais au contraire de lier les choses entre elles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sols sont l\u2019espace entre les choses, les lieux de confrontations et de d\u00e9bats entre les acteurs pluriels. Ils dictent des r\u00e8gles qui garantissent le vivre et le faire ensemble.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les sols comme archives<\/h3>\n\n\n\n<p>Lire un territoire au travers ses sols, permet de faire \u00e9merger des interventions depuis les milieux eux-m\u00eames, en identifiant les traces, les permanences, les persistances, voire les disparitions, dont on peut scruter les indices. Par sa p\u00e9rennit\u00e9, le parcellaire constitue un outil puissant qui informe des formes d\u2019occupation du sol pass\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est temps de prendre au s\u00e9rieux les sols urbains dans toutes leurs fonctions (historique, g\u00e9ologique, topographique, toponymique, \u00e9cologique\u2026), de mieux ma\u00eetriser leur affectation \u00e0 tel ou tel usage, de mieux les conna\u00eetre et les g\u00e9rer. Il est donc urgent de les positionner au centre des d\u00e9bats, consid\u00e9rant leur devenir comme pr\u00e9alable \u00e0 toute d\u00e9cision, quelle que soit l\u2019\u00e9chelle d\u2019intervention.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sols sont une m\u00e9moire vive, active et vivante de nos territoires. Ils sont notre avenir\u2009!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les sols comme bien commun<\/h3>\n\n\n\n<p>Compte tenu de son importance et sa valeur intrins\u00e8que, l\u2019id\u00e9e de consid\u00e9rer les sols comme un bien commun profitable \u00e0 tous, au-del\u00e0 des biens marchands priv\u00e9s et publics, \u00e9mergera sans doute.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019inspirant des travaux sur la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9conomiste Elinor Ostrom, prix Nobel en 2009, on peut envisager une forme de gouvernance des sols. Cette gouvernance s\u2019appuie sur les structures en place et sur deux propositions s\u2019inspirant des droits de l\u2019eau qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un statut de protection garantissant sa qualit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>D\u00e9corr\u00e9ler le droit de propri\u00e9t\u00e9 des sols, des droits d\u2019usage de ses services \u00e9cosyst\u00e9miques qui deviennent des droits inali\u00e9nables.<\/li><li>Reconnaitre une responsabilit\u00e9 partag\u00e9e des sols entre les acteurs (\u00c9tat, collectivit\u00e9s, propri\u00e9taires, locataires, \u00e9lus, usagers, habitants) quels que soient le statut juridique des sols et les services qu\u2019ils procurent.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Cette nouvelle responsabilit\u00e9 est g\u00e9n\u00e9ratrice de droits multiples et de r\u00e8gles locales. Elle s\u2019adapte aux sp\u00e9cificit\u00e9s des situations. Le propri\u00e9taire priv\u00e9 ou public reste propri\u00e9taire des sols, mais pas de ses fonctions et services, dont il devient le garant. L\u2019utilisation des sols est alors soumise \u00e0 un d\u00e9bat public et d\u00e9mocratique mettant au centre l\u2019int\u00e9r\u00eat du bien commun.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Agir pour et avec les sols<\/h3>\n\n\n\n<p>Sans attendre cette nouvelle gouvernance, des bonnes pratiques concr\u00e8tes peuvent \u00eatre mises en place afin de projeter le court terme dans le temps long.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, comme cela commence \u00e0 \u00eatre pratiqu\u00e9 (voir l\u2019exemple de l\u2019Organisme foncier solidaire [OFS] de Rennes m\u00e9tropole), on peut dissocier le co\u00fbt du foncier du co\u00fbt du logement afin d\u2019en r\u00e9duire le co\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut aussi sortir les sols de l\u2019actif des entreprises agricoles comme le sugg\u00e8re Arnaud Daguin, ambassadeur de l\u2019agroforesterie et porte-parole de l\u2019association Pour une Agriculture du Vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus concr\u00e8tement encore, nous pouvons d\u00e8s maintenant r\u00e9fl\u00e9chir aux implantations construites dans un souci d\u2019\u00e9conomie et de mesure, dans le respect des structures et des portances des sols ; penser les am\u00e9nagements en fonction des chemins de l\u2019eau ; privil\u00e9gier le r\u00e9emploi total ou partiel des infrastructures existantes ; ne pas b\u00e2tir en sous-sol ; construire l\u00e9ger et r\u00e9versible afin de limiter les impacts au sol, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>On le comprend, en conf\u00e9rant aux sols urbains un statut sp\u00e9cifique, des pistes fructueuses de transformation durables des territoires se font jour. L\u2019utilisation des sols est l\u2019affaire de tous.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019urbaniste italien Bernardo Secchi qui pla\u00e7ait le projet de sol au c\u0153ur de l\u2019urbanisme (Progetto di suolo,&nbsp;<em>Casabella<\/em>, 520\/521, 1986, pp.20-21.), le consid\u00e9rant comme le monument des espaces urbains contemporains. Inspirons-nous de cette proposition pour acc\u00e9l\u00e9rer les transitions, ajouter une nouvelle strate \u00e0 un ensemble qui a toujours \u00e9t\u00e9 en mouvement, en continuelle mutation&#8230; o\u00f9 chaque \u00e9poque a laiss\u00e9 sa marque. Le d\u00e9fi, aujourd\u2019hui, est de continuer ce mouvement&nbsp;: intervenir sur les territoires en ajoutant moins de mati\u00e8re et plus de sens. Cela ne sera possible qu\u2019avec la complicit\u00e9 des sols, que nous devons apprendre \u00e0 conna\u00eetre, \u00e0 respecter et \u00e0 mieux utiliser.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019urbanisme circulaire n\u2019est pas qu\u2019un changement de paradigmes professionnels, c\u2019est le choix citoyen d\u2019une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 dont les sols urbains portent les traces et l\u2019avenir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une premi\u00e8re version de ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur le blog de dixit.net&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/dixit.net\/nb\">https:\/\/dixit.net\/nb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Il participe au manifeste pour l\u2019urbanisme circulaire initi\u00e9 par Sylvain Grisot&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/urbanismecirculaire.fr\/\">https:\/\/urbanismecirculaire.fr<\/a>&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contribution au manifeste pour un urbanisme circulaire La fabrique au quotidien de la ville ne se contente pas de suppos\u00e9es innovations et de solutions d\u00e9coiffantes\u2009; elle est un acte culturel qui exige certes de l\u2019ambition, mais aussi des attentions, de la bienveillance et de l\u2019humilit\u00e9. 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